C'est un nouveau départ, une nouvelle vie, un nouvel ère, un nouveau tracé à la craie, une nouvele ébauche, un nouvel horizon, une nouvelle terre


Un cendrier plein, une fraise incandescente, la fumée virevolte au gré des courants d’air de la pièce. Mon esprit s’égard au milieu de ses mouvements, délicats et légers comme une plume soulevée par le vent. Mes yeux pleins d’hirondelle, mes idées s’envolent vers les terres exotiques, l’odeur de la pluie m’embaume, The Big Smoke me berce par ces musiques éreintantes. Une pute à frange passe, le regard charbonneux tourné vers moi, elle ne me regarde pas, mais s’imprègne de son image éphémère dans la vitre. La vie est courte Darling, belle morne et sophistiquée, ton cœur est brisé, ton âme est perdue, tes envies tendancieuses te font plié à genoux tout les soirs, tes faims déraisonnées, tes crises de vomissement, ta folie sensuelle, menottée à cette société consommatrice consumable, tu restes fidèle aux réalités de ce monde les reniant pourtant. Tu t’attaches à lui, à cette table, dans ce pub miteux et moisit de poussière, affaiblit et soumise, tes cicatrices ne sont pas refermées, tu aurais beau les cacher par tes breloques de bracelets, tu aurais beau les croire soignées, elles ne se trouvent pas réellement à la surface de ta peau, mais bien plus profondes dans tes entrailles gonflées par tes larmes, crevées par ta bile, vides de toutes substances. Et moi je suis là, honey, te regardant gentiment, grattant le bois de mon index nerveusement, ma perception se trouble, mes chaînes s'effritent à chaque mouvement de ta bouche, les masques tombent. Bel-ami aux pics acidulés, esprit frappeur et à quel point dérangé, le vaniteux, cynique, égocentriquement prétentieux, sens pour la première fois son souffle se couper et comprendre sa rencontre. Son reflet. La jeune fille se lève de table, s’engouffre dans la rue bondée de ses multiples personnes, vies, et histoires, le laissant seul, petit rockmantik désabusé devant son verre de rosé à peine entamé. Me laissant seul devant cette vitre froide de sens et de vérité. Nous laissant seuls moi et mes idées.